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Untitled II, Alexandra Levasseur, Tuan Vu, Mégane Voghell, Isabelle Beaupré, 3.06.23 - 02.07.23


Dans un monde assailli par les machinations fantasques d’une intelligence d’artifice, la distinction entre les modes de l’imagination et ceux de la fantaisie est fondamentale. Le débat n’est pas nouveau: depuis longtemps, les philosophes accordent leur faveur à l'imagination, qui mobilise une force et puise dans une profondeur que la fantaisie ne possède pas. Pour le mystique allemand du 16e siècle Jacob Boehme, par exemple, ce fut la « mauvaise imagination », la phantasia, les faux désirs, qui éloignent l’humain de Dieux et menèrent à la chute de Lucifer. La bonne ou vraie imagination, au contraire, nous met en contact avec notre nature, celle-là même que la psychologie moderne associe aux influences et aux pouvoirs latents.

Les peintures d’Alexandra Levasseur sont des territoires célestes où l’artiste cultive les imaginaires universels mythiques, symboliques, et scientifiques par le biais desquels l’humanité conçoit sa place le cosmos. Cette réflexion engendre des personnages-constellations, souvent féminins, qui règnent sur ces jardins intemporels, en harmonie parfaite accord avec les cycles de la vie et la mort, de la croissance et la décomposition, du renouveau et de la fertilité.

Les petites peintures d’Isabelle Beaupré, réalisées avec un mélange savant d’acrylique et de sable, de fusain et de pastel broyé, ont l’apparence de précieux trésors ensevelis dans un grenier ou cachés dans le coin obscur d’une brocante. Quoique l’artiste utilise des photographies qu’elle prend au Biodôme et au Jardin botanique de Montréal, on les associe volontiers à des souvenirs d’une enfance espiègle vécue dans les tropiques.


Les grandes œuvres de Tuan vu, elles, sont issues de vrais souvenirs d’enfance au Vietnam, filtrés par sa passion pour l’histoire de la peinture, en particulier pour l’œuvre d’artistes qu’il admire. Comme Gauguin, Bonnard, Redon et Peter Doig et Matisse, il est adepte d’un art qui célèbre tous les sens, mais, dans son cas, la vue, sans doute, mais aussi l’ouïe, l’odorat, le touché, et même le goût sont mis à contribution dans une quête d’un temps retrouvé.

L’énergie de Mégane Voghell parcourt la feuille de papier comme l’électricité traverse le filament incandescent d’une ampoule. Au pouvoir de séduction des images, elle oppose la force d’une sensibilité extrême. Les plus minimes fluctuations entre la tension et l’intensité du courant sont enregistrées sur la surface du papier. C’est une résistance qui illumine.

Qu’il s’agisse de notre corps, ou de notre environnement, peu importe ; tout dépend de notre capacité de transcender les frontières qui séparent ces plans. Les « gestes de l’imaginaire » qui instaurent les œuvres d’Isabelle Beaupré, Tuan Vu, Alexandra Levasseur et Mégane Voghell naissent d’une volonté de s’affranchir des limites qui nous séparent d’une latence réelle, invisible et omniprésente, qui nous habite et que nous habitons.

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